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Réçit BDSM

Plaisir

Cela fait des années qu’en allant sur différents forums et autres sites, je lis de ci de là qu’il FAUT que le BDSM procure du « plaisir », que c’est la « norme », comme si l’on pouvait appliquer une norme à ce qu’il est bien convenu d’appeler une « perversion », c’est à dire à un fonctionnement précisément « hors norme ».

Cette projection m’agace prodigieusement parce que je ne suis pas certaine d’avoir, moi, cette recherche dans le BDSM, si tant est que j’aie une recherche en fait, puisque ce fonctionnement fait partie intégrante de ma construction.

Je ne sais plus avec qui j’en avais discuté il y a quelques années, mais déjà je me sentais défaussée par rapport aux discours normatifs qui voulaient que le BDSM soit un petit monde bien douillet, ou pas, mais, quoi qu’il en soit, encadré par des règles bien définies, où la soumise, en échange de confiance, de don de soi, d’amour (oui lui aussi s’y met), etc… était censée recevoir, outre la bénédiction de son bien aimé Maître, sa protection, son affection, ses attentions, et du plaisir (toc) !

Accessoirement si la « vilaine soumise » commettait une faute, la faute étant commise par rapport à un contrat (soigneusement  co-pillé sur le net), parfois adapté aux envies de ladite soumise (il faut ce qu’il faut), pouvait être punie selon un barème pré-établi d’envies et de non-envies, le tout saupoudré de safe-words et de pincées de limites !

L’objectif de tout cela étant  le fameux PLAISIR réciproque (tant qu’à faire…)

Je dois sans doute être une étrangère, parce que pour moi BDSM ne rime pas forcément avec plaisir, et sans doute est-ce le motif inconscient qui me pousse souvent dans des relations dont je dois instinctivement savoir qu’elles vont me blesser, me toucher, me faire précisément du mal, et accessoirement nourrir mon bien aimé masochisme et mon bel ego…

Il y a quelques jours j’ai relu avec attention le mémoire de David Haffner, et cette phrase m’a sauté littéralement aux yeux, je m’y suis reconnue :

« Le noyau du masochisme est, pour Krafft-Ebing, une pulsion active vers un état de servitude et de maltraitance.  Celui-ci n’est pas identique à une pulsion vers la jouissance de la douleur. Cette définition s’appuie plutôt sur des positions de dominance, soumission et injustice ».

Je me suis faite huer il y a peu sur un forum pour avoir défendu ce point de vue, cela a semblé « anormal », plusieurs fois des intervenants m’ont interpellée, voire vilipendée, pour répéter « mais où prends tu ton plaisir », comme si cela constituait une finalité, comme s’ils étaient absolument incapable de comprendre que l’on puisse ne pas associer cette notion à ce qui est, pour moi en tout cas, un état, que je n’ai donc, par définition, pas choisi !

Au cours de cette discussion, j’ai fini par comprendre (il était temps) qu’au final  beaucoup utilisaient le BDSM comme un outil destiné à remplir une finalité : le fameux « plaisir partagé », et ne voyaient pas dans le masochisme ce que j’y vois moi, et que je « régule » en thêatralisant sa pratique.

Bien sûr il y a des pratiques dans lesquelles j’éprouve du plaisir, je pense cependant que cela est lié à mon algolagnie plus qu’à mon masochisme proprement dit, voire à mon sadisme, et je crois que mon principal plaisir en termes de BDSM est, précisément, de ne pas en éprouver.

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